Femmes, quelles afropolitanistes ?

By Ndioro Ndiaye | April 09th, 2015

L’Afrique est le berceau de l’humanité, tant au point de vue biologique qu’au point de vue des civilisations. C’est un continent de 30millions de km2  et le deuxième le plus étendu après l’Asie.

Presque entièrement colonisée par les puissances impérialistes européennes au XIXème siècle, elle est aujourd’hui morcelée en 54 Etats.

Economiquement, c’est un continent qui dispose de richesses agricoles, minières, pétrolières et hydrauliques immenses, et qui possède les gisements les plus importants de minerais stratégiques (cobalt, uranium, manganèse, etc.) et de substances précieuses (or, argent, diamant). Sans être les plus grandes du monde, ses réserves sont très importantes.

Vers la fin du XVIIIème siècle, un mouvement politique, l’Africanisme va se développer à travers les Amériques, l’Europe et l’Afrique, avec le projet d’unir les mouvements disparates en un réseau de solidarité pour mettre fin à l’oppression. Il va conduire au panafricanisme qui est par essence un mouvement d’idées et d’émotions. 

En effet, le panafricanisme fait référence à une vision sociale et politique, qui cherche à unifier les Africains d’Afrique et de la Diaspora en une communauté africaine globale qui appelle à l’unité politique et économique du Continent. Il existe ainsi une personnalité commune à tous les hommes et à toutes les femmes de race noire  et qui recèle des valeurs spécifiques de sagesse, d’intelligence et de sensibilité.

L’Afropolitanisme et le Panafricanisme ont en commun le concept de l’Afrique comme berceau de l’humanité et partagent ainsi le même objectif et le même idéal : l’émergence du continent africain. Mais l’Afropolitanisme  comme le panafricanisme n’ont pu voir le jour sans les hommes et les femmes issus et vivant sur le continent et ceux de la diaspora. Et qui dit émergence exécute nécessairement des ruptures d’avec les tendances lourdes et dessine une prospective volontariste basée sur des germes  porteurs de changement.

D’après Achille Mbembe, Professeur d’histoire et de science politique à l’université de Witwatersrand à Johannesburg et au département français de Duke University en Caroline du Nord « L’Afropolitanisme, c’est la manière dont les Africains font le monde, gèrent le monde et irriguent le monde. 

 L’Afropolitanisme va encore plus loin que le Panafricanisme, en ce sens qu’il  met l’accent non plus sur l’affirmation d’un monde africain, mais sur la circulation des mondes au sein et à partir du continent africain. Il pose la particularité d’être natif d’un lieu et de toucher à l’universalité, sans renier sa particularité et son authenticité culturelle. Il s’agit à ce moment-là d’être un citoyen du monde au – delà des nations sans être rivé à l’une d’entre elles, dans le but de maintenir sa culture originelle. Nous pouvons également retenir que l’émergence de l’Afropolitanisme a été mue par la libre circulation des peuples africains qui a eu pour conséquences la mobilité économique et culturelle au sein d’un espace transnational.

Vision Post 2015 

Les actions menées en faveur des femmes comme Mères de l’humanité, comme forces de changement, depuis 1960 et surtout leur intensification relative à partir de 1975 jusqu’à nos jours ont eu l’immense mérite de mettre la question des femmes à l’ordre du jour d’où la question suivante : quelle vision nouvelle pour la femme afropolitaniste? Quel nouveau type de « féminisme » doit nécessairement émerger dans nos sociétés contemporaines ? 

L’histoire de toutes nos  régions africaines  regorge  de haut faits illustrant à merveille la place centrale de la femme dans les décisions  politiques et  faits économiques qui ont  gouverné nos contrées depuis  très longtemps.  Beaucoup plus  près de nous, la Charte de Kurukan Fuga, adoptée par Soundjata Keita et ses alliés, en 1236, dans la grande assemblée qui scelle la constitution de l’empire du Mali énonce en son article 16 : « Les femmes en plus de leurs occupations quotidiennes doivent être associées à tous nos gouvernements. »  

Ainsi, la Charte de Kurukan Fuga prend aussi soin de préciser l’importance à accorder aux droits des femmes, notamment le droit à la participation à la conduite des affaires publiques et politiques. A  part cette Charte, la littérature orale véhicule énormément de paroles et d‘ images qui créditent positivement ou négativement les rôles et statuts des femmes  pendant les périodes pré et coloniales. De même,  toutes nos sociétés accordent une importance au matrilignage avec un statut diffèrent : tantôt d’autorité, tantôt d’équilibre, tantôt de mineur à la femme. 

Il est toutefois à noter que la période partant des indépendances africaines jusqu’ aux différentes réunions internationales initiées par les Nations Unies a révélé que les femmes africaines ont jusqu’alors eu très peu à dire dans la planification au développement de leurs pays et de leur continent.  Et elles sont en droit de se demander quelles sont les circonstances historiques, politiques, économiques, sociologiques, morales et religieuses qui ont permis d’échapper à cette dynamique et d’en créer une nouvelle ? 

Les études prospectives menées aujourd’hui  confirment que les femmes africaines constituent une ressource nouvelle, non encore utilisée correctement, et qu’elles sont capables de produire de nouvelles idées et de nouvelles priorités qui pourraient aider nos pays en développement à découvrir et mettre en œuvre de nouvelles initiatives pour leur développement.

Durant les années 70, la prise de conscience du rôle des femmes dans le développement et de l’incapacité des politiques à en rendre compte s’est accrue. C’est à cette époque qu’en Europe et aux Etats-Unis, naissent de nouveaux mouvements féministes dont les revendications porteront essentiellement sur l’égalité des droits entre les sexes ainsi que sur la visibilité des racines sociales, sexuelles et culturelles de la discrimination. 

Dans les sociétés en développement ont ensuite émergé de nouveaux mouvements de femmes à forte connotation sociale, ethnique ou culturelle (notamment dans les milieux féministes en Amérique latine). Des groupements de femmes vont naître dans les syndicats et les organisations paysannes et au sein des partis politiques. Les femmes auront une implication spécifique dans l’engagement contre les violences, les conflits et les guerres (par exemple le mouvement des femmes en noir et celui des femmes de la Place de Mai en Argentine). 

Depuis 1985, les mouvements féministes du Sud (Yewu Yeewee, Femnet, etc)  revendiquent l’autonomisation en mettant également l’accent sur le renforcement de la confiance en soi. Ils critiquent les précédentes approches du développement et du mouvement féministe occidental (MLF) et développent une pluralité de thèses sur le développement. Ils refusent d’homogénéiser les femmes du tiers-monde et d’en faire des victimes.

‘’ Les déterminants  qui vont influencer la vie des femmes au -delà de 2015 vers  l’horizon d’une génération 2015 -2035 et qui vont contribuer à créer un féminisme de type nouveau, plus compatible aux exigences de développement de notre continent et plus apte à intégrer les principes d’équité  et de justice sociale  sont notre conception de l’Etat,  l’éducation, les technologies nouvelles, la jeunesse, les conflits internes et régionaux…. ‘’

Si l’on se place du point de vue « afropolitaniste », la participation des femmes au développement de l’Afrique ne se limiterait pas uniquement au sein du continent, mais s’étendrait au monde, en mettant en exergue les actes qu’elles ont posés pour construire, gérer et entretenir le monde à partir des valeurs et cultures africaines propres à chacune d’elles.

Aujourd’hui, de par le monde, les mouvements de femmes restent très hétérogènes dans leurs structures et idéologies, mais continuent à se mobiliser pour ce concept de Genre qui relie et interconnecte relations sociales, familiales, économiques et pouvoir. Ce sont ces mouvements du Nord et du Sud qui, à travers le concept de Genre, s’écartent de ‘la norme’ que constitue la domination masculine. Ils mettent en évidence les différences, les besoins et les stratégies spécifiques des femmes et des hommes dans le développement.  La Conférence de Nairobi (1985), a permis l’émergence d’associations et de mouvements féminins reconnus par l’Etat et par les bailleurs de fonds. Cette conférence a surtout marqué l’arrivée et la visibilité  de groupes de femmes dont les repères, les valeurs, les objectifs étaient davantage axés sur l’équité et non plus uniquement l’égalité des genres dans les sociétés et programmes de développement. 

Les déterminants  qui vont influencer la vie des femmes au -delà de 2015 vers  l’horizon d’une génération 2015 -2035 et qui vont contribuer à créer un féminisme de type nouveau, plus compatible aux exigences de développement de notre continent et plus apte à intégrer les principes d’équité  et de justice sociale  sont principalement les variables de commande  de l’évolution actuelle des femmes dans nos pays, qui sont les variables les plus fortes, sont très peu motrices et difficiles à faire changer :notre conception de l’Etat et de ses méthodes de gouvernance combien désavantageuses pour  nous,  le système éducatif,  les inégalités entre les sexes,  l’urbanisation rapide de nos villes , l’adoption de technologies nouvelles, adéquates pour le système urbain, le partenariat secteur public-secteur privé, les migrations internes et internationales, la jeunesse , les conflits internes et régionaux, etc. 

Deux points parmi ces variables de commande que sont les inégalités entre les sexes et le système éducatif deviennent des enjeux stratégiques à court  terme dans la plupart des gouvernements africains , car c’ est en agissant sur ces variables de commande essentielles que nos Etats pourront mettre fin à la marginalisation économique , juridique et politique  des femmes,  et atténuer les inégalités de rémunération , d’ emploi , d’ accès à la formation , au crédit  ou à la terre, de participation politique etc… 

Les variables qui croissent en importance à long terme en Afrique,  dont il faut tenir compte dans toute nouvelle définition de politique favorable aux femmes portent sur l’auto-organisation   des femmes  dans un esprit d’innovation et d’entrepreneuriat, leur rôle grandissant dans la création et la mobilisation de l’épargne nationale  intérieure pour impulser un développement durable, la création d’emplois, la connaissance de leurs droits et leur volonté de les faire respecter  etc.   

Il va sans dire également que l’intégration régionale et les conflits   régionaux  vont  agir sur un grand nombre de facteurs d’ici un quart de siècle encore  et deviendront  moteurs sur nombre de stratégies mises en œuvre dans nos pays. Il nous faut à cet effet impliquer les femmes africaines motivées et compétentes, dotées de leadership avéré, crédibles,  pour  faire valoir leurs points de vue et leurs capacités à influencer un agenda pour la paix et le développement en Afrique. 

Si nous voulons un féminisme de type nouveau, il faut que les femmes elles- mêmes influencent nos agendas de développement pour créer et faire créer les conditions d’infléchissement  des tendances lourdes (inégalités entre les sexes, valeurs et comportements, rôle et statut et positions assignés aux femmes etc.) qui empêchent une participation effective des femmes aux affaires POLITIQUE de leurs pays. Il faudrait également favoriser la genèse de germes de changement forts, nécessaires pour permettre aux femmes de provoquer des réactions salutaires face à ces défis qui nécessitent de nouvelles  opportunités d’alliances, de changement et de régulation (rôle politique des femmes  et intégration régionale, participation à la paix et à la sécurité de notre continent).

Ce  nouveau féminisme doit être capable de mobilisation  de ressources  utiles pour   INVENTER un autre cadre de politique de développement qui tienne compte des qualités et des intérêts des  femmes  et que les femmes  maitrisent en même temps. L’on pourrait envisager un processus de développement qui tienne compte des  intérêts des femmes, se basant sur leurs capacités et leurs ressources et faire en sorte qu’elles participent aux commandes et au contrôle d’un tel processus. C’est aussi cela, la Démocratie.  

Deux Stratégies globales peuvent permettre de sortir de la  situation actuelle: adapter et réinventer le système éducatif et de formation, un des grands défis pour l’Afrique au 21ème siècle. Cela est d’autant plus fondamental que, aujourd’hui et surtout demain, la concurrence mondiale est ou sera une compétition entre firmes et sociétés qui tireront leurs forces de leurs ressources humaines.  Si la planification publique est le point de départ de la gamme de services publics et politiques que les citoyens attendent de leurs gouvernements, celle-ci fait souvent l’impasse sur les besoins et priorités spécifiques des femmes. L’égalité des sexes doit être un objectif déclaré dans tous les plans, appuyée par des actions spécifiques  ainsi que par un financement suffisant.

Autre stratégie globale à adopter, le changement des valeurs et des comportements par des actions décisives visant à faire évoluer les mentalités et les attitudes vis-à-vis de l’égalité femme/homme.

Le temps est venu pour les femmes africaines leaders de contribuer à l’édification d’Etats capables de délivrer les services attendus par les populations, en étroite coopération  et en équipe avec  les dirigeants africains. C’est seulement à ce prix qu’ensemble, nous pourrons apporter  une contribution nouvelle à la civilisation universelle, d’avoir une conception et une prise de conscience communes de l’Afrique comme source et berceau du développement international et de paix durable. 

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